Ce que j'ai à te dire...

Publié le par Tama

Derrière ce titre se cache une BD coréenne, originellement publiée sur le net sous la forme de webcomics, adaptée au format livre et publiée chez Kwari.

De ce que j'ai pu voir, la BD coréenne ne marche pas très fort en France alors qu'il existe  des tas de titres originaux et de qualités. Pourtant je trouve dommage de ne pas lui laisser sa chance. Depuis quelques temps maintenant, je me suis mise aux webcomics coréens et j'ai été bluffé par certains. L'une des principales raisons est la recherche de nouvelles formes de mise en pages. Puisque le format n'est pas à la base destiné au livre et que l'espace internet est infini (sans en abusé), cela laisse place à de nouveaux modes d'expressions et de narrations (répétitions de cases, grands espaces vides avec juste du texte, intégration d'images en 3D/mouvements... et surtout lecture à la verticale) qui ne pourront pas forcément plaire si on est un adepte de la mise en page classique.

 

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"Le monde est rempli de tristesse et d'amertume. Mais regarde...Je suis là, auprès de toi. Que tu sois gaie ou triste, heureuse ou affligée, dans la sérénité comme dans la tourmente...Je resterai avec toi. Ecoute ce que j'ai à te dire car il vient du fond de mon coeur. hier comme aujourd'hui et pour toujours... Je t'aime."

 

Ga-yeon est une jeune femme épanouie sur le point de se marier. Lors d'un voyage avec ses parents, leur voiture percute un camion tuant ces derniers. Ga-yeon se réveille à l'hôpital affreusement défigurée par des brûlures et réalise que le temps de l'insouciante est fini, que ses parents ne reviendront plus. Abandonnée par son fiancé qui ne veut plus d'elle, elle se retrouve seule. Effrayée par sa propre apparence et le monde extérieur, elle se réfugie dans l'alcool et sombre dans la dépression au point de penser au suicide. Mais un miracle pointera le bout de son nez lorsqu'elle s'apercevra qu'elle est enceinte. Aider de son voisin, ancien musicien de génie obnubilé par son travail au point que sa femme l'a quitté, du fils de celui-ci et des enfants du quartier, elle remontera la pente. Pourtant, malgré ce bonheur retrouvé, un dilemne se pose, aller au terme de la grossesse met sa vie en danger.

Ce passage n'est que la première partie de l'histoire qui continue avec le récit des jumelles de Ga-yeon : Ga-Ram et Ga-Hee.

 

*Attention ça va spoiler*

La première élevée par son père et son frère adoptif semble se réjouir de chaque moment de la vie malgré son handicap (elle est muette et se sert d'un panneau pour communiquer). Parce que sa mère est morte en lui donnant la vie, Ga-Ram veut faire le bien autour d'elle pour que le choix de sa mère ne soit pas vain. C'est dans cette optique qu'elle décide de créer un groupe de musique avec deux autres camarades de classe : Kim Chan, garçon sans amis brutalisé en classe et Shi-Eon jeune fille à la mauvaise réputation dû à ses fréquentations, une yankee au passif douloureux. La rencontre des deux protagonistes avec respectivement la soeur et le frère vont les faire s'ouvrir au monde et leur montrer, par une main tendue, que la vengeance ne résout rien et que l'escalade de violence en amène toujours plus.

Si Ga-Ram ne perd pas courage c'est aussi dans l'espoir de retrouver sa soeur jumelle enlevée alors qu'elles étaient enfants. On apprend plus tard que Ga-Hee s'est faite enlever par le directeur d'un orphelinat dont la femme ne peut pas (ou plus, c'est flou) avoir d'enfants et la considère comme la leur. Malaimé des autres orphelins à cause des traitements de faveurs qu'elle reçoit, Ga-Hee se rend vite compte que le directeur n'est pas gentil avec elle par instinct paternel. Elle n'est pas sa fille mais son enfant "spéciale". Rejetée par la femme du directeur qui lui reproche d'avoir gâchée sa vie, après qu'elle ait avoué ce qui s'est passé avec son mari, c'est la descente aux enfers. Abandonnée, rejetée, humiliée, Ga-Hee n'a plus vraiment fois en l'homme jusqu'à ce qu'elle rencontre enfin sa soeur.

 

 

Abandon, suicide, enlèvement, viol, pédophilie, alcoolisme, vengeance, meurtre, violence domestique et mauvais traitements... on aura droit à tout dans cette BD. On pourra reprocher à l'auteur une histoire déprimante qui aurait tendance à en faire un peu trop dans la surenchère. Pourtant, moi qui n'aime pas le pathos et les accumulations "too much", j'ai apprécié cette BD parce que ces moments de noirceur humaine sont contrebalancés par des moments de bonheur. L'auteur fait passer son message par un dessin très expressif qui par moment n'a pas besoin de mots pour s'exprimer. Il y a bien sur quelques maladresses, des facilités et parfois un manque de subtilité mais qu'importe j'ai trouvé le récit touchant. Au final, il n'y pas de réel méchant (ou presque), même le directeur aura droit à son passage montrant les violences qu'il a subit enfant, bien que ça n'excuse en rien ses actes. En somme, tous les personnages souffrent ou ont souffert de différentes manières. Ce n'est que par le biais de l'autre, en se faisant confiance, en s'épaulant, en pardonnant, que l'on s'en sort. Ce qui est une sorte d'hymne à l'amitié et l'entraide, l'amour plus fort que tout. Alors oui, dit comme ça c'est cliché et guimauve mais ça reste un message universel.

Au niveau du dessin, on alterne différents choix mais le style reste constant. On passe du noir au blanc à la couleur, d'un dessin simple et épuré à un trait saturé et brouillon qui accentue la violence de certains passages, de grandes pages doubles, à des accumulations de petites cases.... Si je devais faire des reproches ça serait à ce niveau-là. Le passage au format livre ne fonctionne pas toujours pour l'ensemble des pages. Certaines s'expriment pleinement alors que d'autres semblent comprimées par le manque d'espace, si bien que les personnages sont enfermés dans des vignettes et fait que le texte et la lisibilité sont réduites. L'autre point serait sur la couverture, dont je trouve le choix pas très heureux. S'il résume assez la dualité du récit entre moments de bonheur et instants de noirceurs, la mise en page est lourde et le noir engloutie sans équilibre. Bon en même temps, c'est la couverture qui m'a intrigué...

 

 

Pour conclure, à tous ceux qui n'ont pas peur de déprimer et de se lancer dans la BD coréenne je leur conseille Ce que j'ai à te dire... même si ce n'est pas le meilleur titre de tous les temps et qu'il possède des défauts (qui n'en a pas ?). Et si vous êtes encore réticent, jeter un oeil sur les webcomics que l'on trouve sur le net histoire de vous faire une idée.

Publié dans BD

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