Je suis mort il y a vingt-cinq ans

Publié le par Tama

" Je suis mort il y a vingt-cinq ans. A vingt-cinq ans. D'une mort pas belle. D'abord tombé, le bec dans le sable, sur la plage de Coney Island. Désolé, Mr. Reed, même avec la meilleure volonté du monde, je n'aurais pas pu "jouer au football pour le coach" ce jour-là. Mal allongé, j'ai failli en rire.

 

Coney Island, Le Havre, Paris. Cette chronique des derniers mois d'un jeune dandy de province condamné par une maladie mystérieuse est aussi l'histoire singulière de ces quelques années intenses où toute une génération de "jeunes gens modernes" basculait soudain de l'insouciance des seventies dans l'inexorable folie des années 80. Vif et tendu, avec un rien de mélancolie et beaucoup d'humour, cet instantané capture l'essence même d'une époque. Les filles portaient alors des t-shirts Alice Cooper, les garçons tombaient sous le charme de Mireille Perrier, Boy Meets Girl. Boys meet boys aussi. Tous avaient du mal à croire qu'on pouvait aimer et en mourir, le rock était la vie et chacun se rêvait plus ou moins chanteur pop. C'était il y a vingt-cinq ans. "

 

 

Tout d’abords, avant de parler du contenu, je veux m’arrêter sur la couverture. Cela peut paraître anodin mais j’ai beaucoup aimé ce mélange de cian et de gris. Cela donne un effet assez classieux, propre, peu habituel. J’ai aussi beaucoup apprécié la texture de la couverture.

 

Concernant le livre en lui même, il est court et se lit rapidement avec un grand plaisir malgré une thématique qui ne prête pas forcement à sourire. Le narrateur va nous parler de sa vie, ou plutôt de ses derniers instants, à travers des moments passés avec ses amis et ceux qu’il a aimé. Finalement, parler des autres ça en dit aussi long sur soi.

 

Au début tout se mélange, le temps, les lieux (Coney Island, Le Havre, Paris)…puis se mettent peu à peu dans l’ordre. Et là, les choses s’éclairent. Celui qui nous parle est mort ou en train de mourir, du SIDA plus exactement. A l’heure où l’on ne savait pas encore trop ce que c’était…et le voilà seul notre héros, face à la maladie. Malgré les virés entre copains qui vivent de musique et d’eau fraîche en espérant percer un jour…Malgré les souvenirs, le soutient, le bon temps passé ensemble…Il est seul. Seul face aux médecins français qui ne savent pas trop gérer cette affaire là et préfèrent traiter un cancer. Seul face au désarroi des américains qui prennent ça avec des pincettes voir avec dégoût. Après tout n’est ce pas un juste retour de bâton après ces années de libération sexuel et une juste punition divine contre les homosexuels ?  Une bien terrible façon de payer un écart de conduite, un jour en Afrique.  Et tout ça, à cause d'une pomme...

Cependant on ne tombe jamais dans le pathos ou le larmoyant. Notre jeune dandy prend avec humour son cas, parfois de manière sarcastique voir un peu noire. Mais il vaut mieux en rire non ? Il nous parle même jusque dans la tombe, même après la mort et les années qui passent où il ne reste que les souvenirs et un brin d’imagination. Il nous parle de cette jeunesse qui semblait libre et insouciante. Une vie pas forcement exceptionnelle, avec ses défauts, ses morceaux abîmés, ses coins cornés...mais animée d'une lueur que seule ce souvenir d'une jeunesse sublimée pouvait lui donner. Un mort qui se raccroche à la vie. Ca peu paraître ironique mais jamais pathétique. C’est un mort qui n’aura pas tellement vécu mais qui voudrait bien qu’on se souvienne un peu de lui, alors il nous raconte pour nous dire comment tout cela a fini et commencé. Ainsi la boucle est bouclée.

 

Jérôme Soligny me parle d’une jeunesse que je n’ai pas connu mais que je peux imaginer avec ses titres musicaux en fond.

Je suis mort il y a vingt-cinq ans est donc un livre qui se lit rapidement et facilement mais qui laisse un petit quelque chose une fois refermé. Un récit sobre et intime. Et où mes pensées se sont attardées comme un moment de recueillement.

 

 

 

Publié dans Lecture

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