Le château de Hurle

Publié le par Tama

Pour cette chronique il va m’être difficile de faire abstraction du film de Miyazaki dont j’ai vu l’œuvre avant de lire le livre. Déjà parce qu’il s’agit d’une de mes films d’animations préférés et aussi parce qu’il m’a considérablement marqué. Je me permettrais donc quelques comparatifs. Cependant, je n’ai pas cessé de me demander si j’aurais lu, voir apprécier, de la même manière le livre si je n’avais vu le film avant tant son empreinte est forte dans mon esprit.

 

 

http://resumes.r.e.pic.centerblog.net/r6jw3a6v.jpgHistoire :

Sophie est l'aînée des filles d'un chapelier fort réputé de la ville de Halle-Neuve, située dans le royaume d'Ingary. À la mort de leur père, les trois sœurs se voient obligées d'apprendre chacune un métier, et Sophie est tout naturellement désignée par sa belle-mère pour reprendre l'entreprise familiale. Dans le fond de l'atelier, le temps ne passe pas vite et on s'ennuie ferme à coudre des roses aux bonnets et des voilettes aux capotes de velours. Un jour pourtant, l'existence morne et solitaire de la jeune fille prend un tour inattendu lorsque la sorcière du désert lui rend visite et la transforme en vieille femme. Sophie se voit contrainte de quitter la ville et d'aller chercher fortune quand, sur sa route, un étrange château appartenant à un magicien nommé Hurle apparaît dans le paysage. L'homme a la terrible réputation de séduire les belles et de les croquer. Qu'à cela ne tienne, Sophie a bien l'intention de se faire adopter et de s'initier à la sorcellerie pour retrouver son apparence d'antan.Heureusement, dans ce pays enchanté, tout est possible si l'on sait être patient…

 

 

 

 

 

 

 

Globalement les deux supports commencent de la même manière à quelques différences près avant de bifurquer dans des directions complètement différentes. Pour une fois je n’ai pas rechigné sur les différences avec le support original, sans doute parce que, comme je l’ai dit plus haut, le film tient une grande place chez moi. Néanmoins, on peut également voir les deux versions comme fonctionnant très bien indépendamment l’une de l’autre. Le livre permet quelques éclairages sur des choses évoquées de manière furtive dans le film, comme la situation familiale de Sophie, mais délivre également tout un pan de l’histoire de Hurle, son passé, qui ne sont pas du tout évoqués dans le film. Pour ce dernier point, j’ai pu aisément le comprendre, déjà parce que cela enlevait un peu de magie, d’autre part il aurait été difficile de tout caler dans un film et enlever ces passages amenaient la suppression d’autres pour garder une certaine cohérence.
Revenons sur le livre. Les personnages sont tous globalement attachant, il est juste dommage que certains ne soient pas plus développés que cela en rajoutant quelques nuances. Ici, la sorcière des landes reste juste la méchante de l’histoire que l’on ne voit que de loin alors que dans le film différents aspects sont mis en avant changeant sa personnalité la rendant à la fois sympathique, bienveillante et ridicule par moment une fois passé un certain point.

J’ai aimé la personnalité de Sophie, têtue avec les pieds sur terre mais comme le dit Hurle : ayant tendance à ne pas trop réfléchir avant d’agir. Par rapport à cela, il est dommage qu’au moment où l’héroïne en prend vraiment conscience et décide de changer les choses en prenant le temps de choisir la bonne décision, celle-ci échoue et qu’au final on lui reproche de ne pas avoir assez réfléchie. Ce point me donnait l’impression que l’héroïne était vouée à ne pas changer quoi qu’elle fasse et cela est bien dommage. De même, elle s’habitue très vite à son statut de grabataire et trouve rapidement des avantages à la vieillesse. Je trouve regrettable qu’elle ne se pose pas plus de questions ou, en tous les cas, que son sort actuel ne lui semble pas le plus urgent à régler. Ce qui fait que la thématique sur la vieillesse et que le maintien du sort chez Sophie ne soit due que de son propre fait, tombe un peu à plat. Alors que la vision de Miyazaki montrait bien cette ambivalence en la faisant vieillir ou rajeunir selon son état d’esprit. Evidemment, il est plus facile de montrer cela à l’écran que sur papier. Un point que je n’ai pas saisi, c’est cette forme de défaitisme à être l’aînée.L’un des personnages qui change le plus est Hurle. Il est égocentrique, égoïste, narcissique, couard, don juan, inconstant, dépensant l’argent sans compter, ne semblant se préoccuper que de son plaisir immédiat sans penser aux conséquences et ayant une logique toute personnelle qui le rend difficile à comprendre. Malgré tous ses défauts, l’auteur nous le rend attachant, car peu à peu l’on se rend compte que c’est une façade et qu’il se soucie réellement des gens qu’il aime. Ces passages n’arrivent que tardivement dans le récit parfois bien amené, parfois de manière un peu abrupte comme sortie de nulle part tout en étant une évidence. Ce fameux passage capillaire dans le film est également présent dans le roman de base dont il est repris à l’identique. La première fois que j’ai vu ce passage au cinéma je l’ai trouvé drôle mais en même temps un peu hors contexte avec ce que l’on nous avait montré jusqu’à présent du personnage. Certes, cela donnait un côté plus humain en contre balançant l’aspect mystérieux, charismatique et altruiste de la vision par Miyazaki.
Le seul point qui m’a quelque peu gêné est sa relation avec Sophie. On sent que l’auteur tient à les mettre ensemble à la fin du récit, seulement peu de chose sont faites en ce sens tout au long de l’histoire, sauf à la toute fin. Sophie pique ainsi une crise, que l’on peut associer à de la jalousie, quoique peu compréhensible. J’entends par là que depuis le début Hurle nous est présenté comme un don juan qui se lasse des filles une fois qu’il les a conquises, Sophie le sait également. Elle sait aussi qu’en ce moment sa cible n’est autre que Lettie, sa propre sœur, qu’elle plaint de tout son cœur. Elle connait donc la nature de Hurle et jusqu’à présent s’en accommoder très bien. Ce qui fait que cette crise soudaine me semble illogique et le raisonnement de Sophie, quant à sa justification, confus.
De plus, si je suis contente que nos deux héros finissent ensemble en se regardant amoureusement dans les yeux, je n’ai eu que très peu de preuve d’un quelconque attachement mutuel. Hurle avoue à un détour qu’il savait pour le sort de Sophie depuis le départ et s’acharnait à trouver une solution dans son dos. Révélation intéressante mais noyée dans le reste du récit et peu mise en éclairage.
De même, on ne comprend pas ce qu’à Sophie de plus que les autres filles qu’il a courtisé jusqu’à présent. Même si l’on apprend que sa dernière cible en date était dans un but précis. Pourquoi Sophie plutôt qu’une autre ? Parce qu’elle a su lever le sort qui pesait sur lui ? Cela me parait mince car unilatéral. Je dis cela, car c’est un aspect du roman qui m’a interloqué et je repensais alors au film. Ce dernier est avare de ces moments mais nous les montre par petites touches, il présente surtout l’attachement de la petite troupe du château entre eux, comme une famille recomposée ayant trouvé une forme d’harmonie. Ce qui n’est pas vraiment mit en avant dans l’œuvre d’origine même si on peut le sentir à de brefs moments.
Mon autre regret est le manque de bol d’air dans les pays proposés. Sophie reste relativement cloitrée dans le château et ne sort que très peu. Le lecteur n’explore donc pas vraiment l’univers décrit dans les pages alors que Miyazaki permettait de se balader au bord de la mer, à la campagne ou en ville…
Je tiens également à souligner, que si le roman apporte un champ de vision plus large, il amène avec lui des questions auquel il ne répondra pas. On peut s’en passer et ça ne gâchera pas la lecture cependant cela laisse quelques petites frustrations en arrière-plan pour avoir expliqué certaines choses alors que d’autres passent à la trappe.
Pour en revenir une toute dernière fois au film, lire le roman m’a permis de mieux voir les thématiques chères à Miyazaki car celles-ci ressortent à la fois dans le récit et la personnalité/les liens des personnages. Ce qui me fait dire encore une fois qu’il s’agit là de deux œuvres différentes ayant une base commune. L’un et l’autre ne sont pas sans défauts mais ont chacun des particularités qui leur sont propre et me font aimer les deux. Le cinéaste a réussi qu’on peut vraiment dire estampillé de sa patte tout en ayant, à mon avis, respecté le matériau d’origine.

 

Globalement j’ai beaucoup aimé ce récit et pas uniquement à cause du film de Miyazaki. Le roman est facile à lire, très prenant et surtout me change des récits de fantasy auquel je suis habituée qui semblent ressasser les mêmes choses. Un vent de fraicheur donc qui me fait espérer pouvoir parcourir d’autres dans la même veine et qui me procure autant de plaisir à la lecture.

Publié dans fantasy

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