Lettres de non-motivation

Publié le par Tama

Il m'arrive parfois (souvent) de lire des choses qui sortent du cadre du roman ou de la nouvelle, atypique même mais tout aussi intéressant. C'est le cas de Lettres de non-motivation de Julien Prévieux. Si on ne lit pas se livre comme on lirait un roman, derrière cet ouvrage humoristique se cache une réflexion et une démarche que je trouve très intéressante.

 

 

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Dans la note de l'éditeur qui préface le livre, on nous explique que Julien Prévieux est un artiste et qu'il y a 8 ans après avoir cherché longuement un emploi sans résultat, il a décidé de les refuser. Cela peut paraître saugrenue de refuser des emplois car si l’on n’est pas intéressé autant de pas répondre. Pourtant c'est ce que l'auteur c'est évertué à faire, écrire des lettres de refus d'emplois chacune expliquant avec humour la raison.
Ce qui est intéressant à noter, c'est qu'elles sont toutes personnelles et individualisées, en somme Julien Prévieux a pris un grand soin et un certain temps à écrire ces lettres qui ne sont pas identiques, alors qu'il aurait pu écrire une lettre type de refus comme celles que l'on peut recevoir.
On nous précise également que l'auteur a envoyé ainsi plus de 1000 lettres et qu'il n'a que 5% de réponses en grande partie automatiques. Le livre présente donc une sélection de lettres, le tout divisé en 2 parties présentées de la même manière : l'annonce, la réponse de Julien Prévieux et la réponse de l'employeur. La seconde partie est sur le même schéma mais sans la réponse de l'employeur.

 

 

 

 

 

 

Comme je l'ai indiqué le livre possède beaucoup d'humour notamment grâce aux lettres de non-motivations qui contre balance avec la froideur automatique des réponses. Mais surtout, c'est que cette démarche nous touche tous car nous sommes nombreux à avoir cherché un emploi, moi la première, à avoir répondu à un paquet d'annonce en attendant une éventuelle réponse qui ne vient pas.
Ce livre met en avant ce cycle infernal mais aussi ce jeu social auquel tout le monde s'accorde. Pour être passé par là, la lettre de motivation doit, en peu de mots, nous mettre en valeur, enjoliver, mentir sur notre personnalité, mentir sur notre attrait pour l'entreprise alors que parfois on aimerait simplement dire qu'on a besoin de ce boulot pour payer nos factures. De l'autre côté, on sait que notre CV sera un CV parmi tant d'autres sur une pile et qu'il ne sera même pas lu ou alors en diagonale. Une fois dans une entreprise, l'on m'avait dit qu'ils ne lisaient que les CV sur le dessus de la pile, les autres partaient directement à la corbeille.

Pour avoir été de l'autre côté, celui qui reçoit les demandes, d'emplois ou de stages, j'ai vu comment cela fonctionner. Sans doute dû à ma sensibilité, j'avais du mal à envoyer la lettre type ultra succincte que ma boîte avait créée dans ce cas-là. Même si on ne cherchait personne, le fait de devoir envoyer un refus sans même regarder et briser les attentes de quelqu'un qui cherche désespérément un stage pour valider son année me faisait mal au coeur pour être passée par là. J'essayais de répondre de manière la plus personnelle, pour montrer que chaque cas avait été lu ou au moins mérité une attention particulière, et de garder les CV dans un classeur au cas où. Jusqu'à ce que l'on me dise de tout mettre à la poubelle.
Le travail humoristique de Julien Prévieux derrière, cet aspect léger, montre une réalité moins sympathique de la puissance d'une entreprise et d'un système peu glorieux. Sur les lettres de réponses proposées par les entreprises rare sont celles qui montrent que la lettre de non-motivation à été lu, parmi elles une ou deux s'emploient à expliquer le but de l'entreprise et une seule a saisi l'humour (et encore) de l'auteur. Le résultat semble bien maigre face aux efforts d'écriture. Mais dans sa préface l'éditeur met aussi en avant un autre point qui laisse une note d'humour et d'espoir : le pouvoir de dire non. Celui inaliénable et personnel de refuser ce jeu de dupes et que le non devienne une forme de liberté, de catharsis.

Pour conclure, alors qu'il s'agissait d'un coup d'oeil sur une sélection de livre en magasin, ce fut un coup de coeur pour Julien Prévieux et sa démarche peu commune. Cette dernière m'a d'ailleurs rappelé un artiste vu à Beaubourg qui se servait du système pour manger gratuitement en utilisant le "satisfait ou rembourser".

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