Nord et Sud

Publié le par Tama

Ou nord et sud pour les non adeptes.
Il ne s’agit pas de la série de 1985 avec Patrick Swayze, mais de l’adaptation par la BBC en 2004 du roman de Elizabeth Gaskell. J’en parle parce que tout simplement elle le mérite.
A dire vrai, j’en avais beaucoup entendu parler toujours en bien, voir même comme l’une des meilleures adaptations de la BBC au niveau des dramas. La série est composée en 4 épisodes qui se s'étalent sur un peu plus de 4H de vidéo. C’est lors de mon voyage à Londres que j’ai réussi à me le procurer car à l'époque la série n'était pas disponible en France. Je n’ai absolument pas eu à regretter mon achat ! J’ai même passé une grande partie de mes vacances à visionner cette série.
Concrètement l’histoire se déroule dans l’Angleterre victorienne, au cœur même de la révolution industrielle et tout ce qu’elle apporte. C’est la rencontre du Nord et du Sud, symbolisé par la jeune Margaret Hale (le sud), fille de pasteur reconverti en enseignant ayant dû déménager de son Hampshire natal avec sa famille pour s’installer dans la ville (fictive) de Milton où sont implantés les filatures, et de Mr Thornton (le Nord) patron de l’une de ses filatures élève de Mr Hale. Rencontre entre un Sud verdoyant et un Nord industriel, confrontation entre deux styles de vies, deux manières de penser.
Une certaine animosité née entre les deux jeunes gens, seulement pour l’un deux cela se transforme en amour. On pourrait sombrer dans le arlequin mais que nenni ! Cette histoire n’est qu’une trame sur un fond de grève, car l’auteur traite aussi des petits gens, des ouvriers et de leur misère qui décident de faire grève afin de faire valoir leurs droits et une augmentation de salaire.
La jeune Margaret jusque là habituée à la bonne société de Londres où elle a été « élevée » par sa tante, et sa maison de Heldstone dans un milieu paisible, rural, et conservateur, se retrouve dans la ville grise de Milton où règne labeur, maladie, pollution. Auprès des gens du Nord, notamment de la famille de Mr Thornton, les Hales, sont des « extraterrestres », des « pèquenauds» du sud si l’on peut dire, avec des manières et des habitudes bien différentes des leurs, et une vision idéaliste du monde, bien a contrario de la notion capitaliste mainte fois abordée.
 
North and south est souvent comparée, vu, comme un orgueil et préjugés social. Dans un sens on pourrait dire que oui, par l’affrontement entre les deux personnages principaux et les préjugés qu’ils ont chacun l’un envers l’autre.
Elizabeth Bennet comme Margaret Hale viens d’un milieu modeste, John Thornton comme Fiztwilliam Darcy apparaît au premier abord comme un homme froid, et orgueilleux assez aisé et bien instauré dans la bonne société, il a lui aussi une sœur plus jeune, et un père décédé (mais une mère présente). Cependant le personnage de Darcy reste un gentleman mysterieux, Thornton est plus "sensible" et brutal à la fois c'est un "self made man" avec un caractère complexe, et une histoire. 
Tout comme Elizabeth avec Darcy, Margaret a de réel griefs contre Mr Thornton, si pour l’une il s’agit de sa sœur, -ainsi que d’un autre personnage en prenant en plus compte de la « vexante » demande en mariage qui s’y rajoute-, pour l’autre il s’agit de la manière dont sont traitée les ouvriers.
De plus l’on peut ajouter une sorte de schéma narratif similaire :
Les héroïnes refuse une première demande en mariage au début de l’histoire, s’oppose aux héros « ténébreux » qui tombent amoureux d’elles, elles refusent leurs demandes en mariage dans une scène « violente », à partir de ce moment les sentiments et opinions changent bien qu’il y est coupure entre les personnages, la belle est en danger ou du moins dans une situation délicate et son « prince » vient la sauver, explication, seconde demande acceptée.
Cependant il ne faut pas oublier que l’époque, le style… sont complètement différent. Jane Austen exerce dans le style ironique, moqueur, sans grande description des personnages, s’attache plus aux mœurs de son époque.
 
« It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife.
However little known the feelings or views of such a man may be on his first entering a neighbourhood, this truth is so well fixed in the minds of the surrounding families, that he is considered as the rightful property of some one or other of their daughters. »
 
Tout est plus ou moins basé sur la vision d’Elizabeth, ce qui fait que le lecteur apprend en même temps qu’elle l’amour qu’à Darcy pour elle, car l’on ne sait pas grand-chose (ou peu) du personnage qu’à travers l’héroïne.
Gaskell, elle, s’attache plus aux détails, descriptions des lieux, vêtements, physionomie, atmosphère… on connaît les sentiments, opinions de Margaret comme de Thornton et l’on suit leur élan de cœur. De même que son style s’apparente plus à la littérature féminine que l’on connaît, sans pour autant tomber dans le Barbara Cartland.
 
« Elle resta près de la table sans songer à s’asseoir. Ses paupières voilaient à demi ses yeux ; elle ne souriait pas, mais ne crispait pas les mâchoires, et ses lèvres entrouvertes aux contours sinueux laissaient juste apercevoir l’ivoire de ses dents. Son souffle posé et profond dilatait ses narines minces et élégantes : c’était le seul mouvement que l’on pût discerner sur son visage. »
 


Pour en revenir à nord et sud même, j’ai d’abord vu le DVD avant de découvrir le livre (ce qui fonctionne souvent comme ça pour moi).

http://2.bp.blogspot.com/_1zUvc6AOrMA/SsLsMywS6QI/AAAAAAAAB0A/jQMU5FyTEmQ/s320/Richard+Armitage.jpg
John Thornton est interprété par Richard Armitage (riri pour les fans), inconnu par chez nous, à part ceux qui l’aurait aperçu dans la courte série « the golden hours » diffusé sur la 6 -bien qu’elle n’eut pas beaucoup de succès dans le pays qui lui a donné le jour-, il est plutôt cantonné aux second rôles, outre l’adaptation de North and south, son grand succès est son rôle de Guy de Gisborne, bras droit du shérif de Nottingham, dans la série Robin Hood.
NB: le succès de north and south est dû en grande partie au charme de cette acteur (suffit de compter les "swoon" qu'il dégage à chaque fois que son nom est invoqué)

Margaret Hale, Daniela Denby-Ashe est aussi une actrice anglaise apparue dans plusieurs séries, notamment “My family” aux côtés de Kris Marshall, Zoë Wanamaker (Mme Bibinne/Hooch – Harry Potter), Gabriel Thomson (qui a failli jouer Harry Potter). 

Le gentil père de Margaret n’est autre que Tim Pigott-Smith, l’abominable Creedy dans V pour Vendetta (entre autre). On peut d’ailleurs voir dans ce film Sinéad Cusack qui joue elle, la mère de John Thornton.
L’actrice qui joue Bessy Higgins a joué au cinéma  le rôle de Cassandra sœur de Jane Austen. John Light qui joue Henry Lennox est marié avec l’actrice Neve Campbell (c’était pour la rubrique people).
Je m’arrête là pour le casting qui est à mon goût, en plus d’être superbement interprété. Les seconds rôles n'étant pas désagréable non plus (Rupert Evans, ou bien le personnage de Mr Bell)
 
Passons à la vidéo. La BBC réussi le contraste entre le Sud lumineux, dans les tons jaunes et vert, tout droit sortie d’un rêve, en opposition avec le Nord dans les tons bleus, gris avec son ciel toujours couvert, son manque de verdure (et si l’on en voit c’est au cimetière), ses routes pavés, ses maisons de pierre. Les images sont vraiment magnifiques, on est presque dans un huis clos avec Milton, s’en est presque étouffant, alors que les scènes ont pourtant été tourné en extérieur dans des endroits réels. L’entrée en matière dans la filature de Thornton n’est pas en reste avec ces morceaux de coton flottant dans l’air.
 
La photographie de la série ne serait rien sans la musique qui l’accompagne dans chaque moment qu’ils soient contemplatifs ou clé. Certaine reste en tête pour le plus grand plaisir, le mien en tout les cas.
Bien évidemment la version de la BBC prend quelques libertés par rapport à l’œuvre originale, mais c’est ce qui lui donne toute sa saveur.
La première rencontre entre Margaret et Thornton, ce fait dans la filature de celui-ci, elle le surprend en train de battre un de ses ouvriers, ce qui le montre d’emblé pour l’héroïne, comme le spectateur, sous les traits d’un homme violent, et ne rend que plus logique les griefs qu’elle entretient contre lui.
La relation entre Margaret et son frère est quelques peut différente dans la version de la BBC, elle a été témoin et est parfaitement au courant de ce qui est arrivé à son frère ce qui est l’occasion de flash-back, ce qui n’est pas dans le cas dans l’oeuvre originale où elle l’apprendra au cours du récit. Dans le livre cela fait plusieurs années qu’ils ne se sont pas vus, ils se redécouvrent, alors que pour la BBC le temps est plus réduit.
Ainsi dans le livre certains faits sont approfondie : par exemple que Margaret n’est que peu vécu avec ses parents, étant plutôt chez eux en « vacances », son éducation étant faite avec sa cousine à Londres. Ce qui accentue dans le livre que l’héroïne n’est pas très proche de sa mère, l’affection de celle-ci étant plutôt portée à son frère. De même que Dixon, la femme de chambre, ne porte pas Mr Hale dans son cœur.
Le personnage de Margaret semble plus niais, mais aussi plus hautain, ce qui peut la rendre agaçante. La BBC la rend plus proche de nous comme des ouvriers, où elle entretien une réelle amitié avec Bessy Higgins et sa famille, le livre semble plus jouer sur la pitié du côté de Margaret et de l’admiration pour Bessy.
Thornton semble être un héros plus romantique, passionné intérieurement, Richard Armitage campe un héros plus stable, masculin, avec ses faiblesses et ses défauts montrés au grand jour car il n’a pas honte de ce qu’il est. Ses pensées sont traduites par le regard qui peut passer de l’étonnement moqueur à celui sombre et charismatique (pas étonnant que la Ririmania est fait son effet !).Bizarrement en lisant le livre, ce n’est pas Richard Armitage que je vois mais Laurence Olivier (je fais vieux jeu).
Ces différences donne un autre ton à la demande en mariage de celui-ci, contrairement à un Darcy qui part sûr de son coup, notre héro est plein de doutes (et il a de quoi !) quand à l’amour que Margaret à pour lui.

John Thornton: Miss Hale, I didn't just come here to thank you. I came... because... I think it... very likely... I know I've never found myself in this position before. It's... difficult to find the words. Miss Hale, my feelings for you... are very strong...
Margaret Hale: Please! Stop. Pray, please don't go any further.
John Thornton: Excuse me?
Margaret Hale: Please don't continue in that way. It's not the way of a gentleman.
John Thornton: I'm well aware that in your eyes at least, I'm not a gentleman. But I think I deserve to know why I am offensive.
Margaret Hale: It offends me that you should speak to me as if it were your... duty to rescue my reputation!
John Thornton: I spoke to you about my feelings because I love you; I had no thought for your reputation!
Margaret Hale: You think that because you are rich, and my father is in... reduced circumstances, that you can have me for your possession! I suppose I should expect no less from someone in trade!
John Thornton: I don't want to possess you! I wish to marry you because I love you!
Margaret Hale: You shouldn't! Because I do not like you, and never have.
John Thornton: One minute we talk of the colour of fruit, the next of love. How does that happen?
Margaret Hale: My friend, Bessy Higgins, is dying.
John Thornton: And that of course, is my fault too.
Margaret Hale: I'm sorry.
John Thornton: For what? That you find my feelings for you offensive? Or that you assume because I'm in trade I'm only capable of thinking in terms of buying and selling? Or that I take pleasure in sending my employees to an early grave?
Margaret Hale: No! No, no, of course not. I'm... I'm sorry... to be so blunt. I've not learnt how to... how to refuse... how to respond when a... when a man talks to me as you just have.
John Thornton: Oh, there are others? This happens to you every day. Of course. You must have to disappoint so many men that offer you their heart.
Margaret Hale: Please, understand Mr. Thornton...
John Thornton: I do understand. I understand you completely.
 


 Le refus de celle-ci, avant même qu’il n’est prononcé un mot, est surtout basé sur des préjugés qu’elle pense qu’il a à l’encontre de sa famille.
Pour être plus claire (et en faisant de nouveau un comparatif avec Orgueil et préjugés)
 
Elizabeth Bennet refuse Darcy:
Parce qu’elle ne l’aime pas
Parce qu’il a ruiné le bonheur de sa sœur
Parce qu’il aurait ruiné aussi la vie d’une de ses connaissances
Mais aussi tout les préjugés qu’elle a à son encontre : sa froideur, son orgueil, son mépris des autres…
Et surtout parce qu’il vient lui dire qu’il l’aime même si elle vient d’une famille de plouc vulgaire. En gros : moi prince blanc vient de sortir de là pauvre souillon.
Si Darcy est sincère, sa déclaration et sa façon d’agir sont maladroites et ne la valorise en aucun cas.

Thornton est tout aussi sincère que Darcy, mais connaît ses points faibles et sait où s’en tenir (approximativement) avec Margaret.
Margaret le refuse :
Parce qu’elle ne l’aime pas
Parce qu’elle a des préjugés à son encontre, sur ce qu’il est et ce qu’il représente : fondé ou non.
Le côté plouc sort de sa bouche même et non celle de Thornton qui n’en a cure.
Si la réponse d’Elizabeth est logique, celle de Margaret moins, elle apparaît plus comme une excuse maladroite face à une situation qu’elle ne contrôle pas et qu’elle n’avait pas prévu. Elle se dit vexée mais c’est elle qui est vexante.
(Je ne sais pas si j’ai été très clair dans mes propos...j'en profite pour spoiler...pas tant que ça en fait...).
 
La mère de Thornton joue elle aussi un rôle essentiel, femme froide et hautaine, elle cache une mère aimante parfaitement lucide, son fils comptant pour elle plus que tout au monde, ce qui ajoute une autre dimension à la lecture de l’œuvre ou de la série de la BBC.
"A mother's love holds fast and forever. A girl's love is like a puff of smoke - it changes with every wind. "

Nicholas Higgins a plus de piquant dans la BBC, un esprit plus fin.
"Reckon I'll leave my brains at home, then."

Au final la BBC a plutôt misé sur le côté historique et réaliste, ce qui fait qu'elle est déconseillé au moins de 12 ans puisqu'il y a des morts mais aussi une certaine dureté dû aux conditions de travail de cette époque.
La fin n'est ,quand a elle, pas très dans les conventions de l'époque (en plus d'être assez moche pour un des persos, on a mal pour lui), elle est plus symbolique du chemin parcouru, qu'importe, elle est superbe, et c'est avec un soupir triste, mêlé de joie que ce termine North and South.

John Thornton: Where are you going?
Margaret Hale: To London. I've been to Milton.
John Thornton: You'll not guess where I've been.
[Thornton pulls a rose from Helstone out of his pocket]
Margaret Hale: You've been to Heldstone! I thought those had all gone!
John Thornton: I found it in the hedge row. You have to look hard. Why were you in Milton?
Margaret Hale: On business. Well, that is, I have a business proposition. Oh dear, I need Henry to help me explain.
John Thornton: You don't need Henry to explain.
Margaret Hale: I have to get this right, It's a buisness proposition. I have some £15,000. It is lying in the bank at present, earning very little interest. Now, my financial advisors tell me that if you were to take this money and use it to run Marlborough Mills, you could give me a much better rate of interest. So you see, it is only a buisness matter, you'd not be obliged to me in any way. It is you who would be doing
[Thornton reaches down and grabs Margaret's hand]
Margaret Hale: me the service.
[Margaret grabs Thornton's hand and kisses it]
Margaret Hale: [Thornton touches the side of her face and leans in and kisses her]
[Margaret walks back to Henry, and he gives her suitcase to her]
Margaret Hale: Henry, I
Henry Lennox: Goodbye, Margaret.
[Margaret walks back to Thornton]
John Thornton: You're coming home with me?

Il y a certes un côté romantique mais, qui je trouve, est très sobre, sans frôler dans le neuneu (bien que les chocolats, biscuits et autre cochonneries, ainsi que les mouchoirs ne sont pas a exclure si vous êtes une âme sensible).
La chaîne est connue pour faire des adaptations soignées d'oeuvres littéraires, et là c'est réussi. Si vous avez la flemme de lire le livre (très facile au passage dispo en français chez Fayard) et que vous aimez les adaptations "costumes", n'hésitez pas !
J'ai assez pavé cette note (si vous arrivez à tout lire), et laissé un peu partout des extraits de cette série.


ps : un truc de filles, rien que pour richard armitage, sa voix, son regard, son sourire, sa chemise superbement décravatée et légèrement déboutonnée qui a fait son succès....regardez north and south !

 

photos piquées (oui honte à moi, mais pas mon DVD sous la main)  ICI

Commenter cet article