La solitude des nombres premiers

Publié le par Tama

Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair.Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l'adolescence à l'âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s'effleurer et de s'éloigner dans l'effort d'effacer les obstacles qui les séparent. Paolo   scrute avec une troublante précision les sentiments de ses personnages qui peinent à grandir et à trouver leur place dans la vie. Ces adolescents à la fois violents et fragiles, durs et tendres, brillants et désespérés continueront longtemps à nous habiter.

Voilà un livre que je viens tout juste de finir. Il se lit d'une traite, j'en ai eu pour un après midi.
Quand j'ai lu le résumé la 1ère fois, j'ai pensé que l'on aurait une histoire d'adolescents, que Mattia allait voir en Alice quelqu'un qui le comprenne, qu'ils allaient se rapprocher et ne jamais se quitter. Que nenni.
Cette histoire de jumeaux de nombre 1er arrive tardivement et brièvement dans l'histoire, et ne semble pas avoir autant d'importance que dans le résumé. Si l'on prend du recul on s'aperçoit que c'est tout la philosophie de l'histoire. De 1983 à 2007 Mattia et Alice seront ensemble au lycée, un peu pendant leurs études et brièvement une fois entré dans l'âge adulte, le tout entrecoupé de longues périodes de silence et d'absences, si bien que l'on suit leurs parcours en parallèle. Et c'est bien de ça qu'il s'agit, de parallèles qui jamais ne s'atteindront bien qu'elles se rapprochent, d'êtres prochentmais qu'un gouffre sépare. La relation des deux personnages est silencieuse, faites de moments clés brisés par le manque de communication et les non dits, tout comme peut l'être celle qu'ils ont avec leur entourage. L'univers de chacun est très confiné et clos, quelques personnages viennent brièvement s'y accrocher.

Chacun des deux à vécu son drame, bien que fugace dans les mémoires les années passantes, reste bien présent et a forgé en chacun un caractère les éloignantsencore plus des autres. L'impression de voir des gens qui vivent à côté de leurs vies, ils subissent la vie plus qu'ils ne la vivent. Comme tant d'autres, j'ai eu envie de les secouer, et quand vient une des moments fatidiques de la fin où l'auteur fait briller une lueur d'espoir, elle est écrasé par le gâchis de la vie.
Jamais on ne tombe dans le pathos, mais il y a dans la description des relations un réalisme qui fait mal. Ce fût très douloureux de lire certains passages, que se soit celui où Mattia s'ouvre la main avec un scalpel, où encore quand Alice essaye de faire disparaitre son tatouage à coup de fragments de miroir enfoncé dans la chair, puis finalement chaque fois que Mattia poser les yeux sur un objet tranchant. Plus dur à lire qu'une description de scène de viol dans Millenium.
Il y a quelques chose de froid et chirurgical dans l'écriture. Ca me rappel la littérature japonaise, et en lisant je pensais sans cesse à "l'appel du pied" de Risa Wataya.

Il doit être difficile pour certains de s'identifier aux personnages, sentir de l'empathie, tellement ils peuvent paraitre éloignés, pour ma part ça m'a rappelé une multitude de fragments de ma vie, que j'imagine peuvent être qualifiés de douloureux.
D'ailleurs ça aurait fait très bien avec cette note, seulement ça aurait été trop subjectif, pas réel, comme Alice je me ravise.
Je ne suis pas marginale, je ne suis ni anorexique, ni boiteuse, encore moins une génie des maths. Juste que... ces ambiances familiales, ce mode binaire de communication qui se résume à "oui, non, je sais pas", vaquer au quotidien en se disant que tout va bien, noyer la douleur, retarder le moment fatidique, prier pour que tout s'arrête...

Ce qui est bien avec ce livre, c'est qu'il marque autant qu'il fait réfléchir.

Publié dans littérature autres

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