Le soleil sous la soie

Publié le par Tama

Encore un livre critiqué lors de l'opération Masse critique de Babelio.

 

Histoire :

Dans les dernières années du XVIIe siècle, un des plus petits États d’Europe, le duché de Lorraine, se relève de l’occupation française et des guerres dans l’espoir de connaître une génération de paix. Nicolas Déruet est chirurgien ambulant. Son destin va basculer le jour où il rencontre Marianne Pajot, accoucheuse à Nancy.
Emprisonné à la suite d’une opération où le patient est décédé, Nicolas est obligé de s’exiler dans les armées de la coalition, en guerre contre les Turcs. Des campagnes lorraines aux steppes hongroises, des masures abandonnées aux ors des palais royaux, il connaîtra le destin hors norme d’un homme guidé par l’amour et l’ambition de révolutionner la médecine.

 

 

Je vais donc essayer de faire passer mon ressenti en lisant ce livre.

Le soleil sous la soie, possède d’abord une bien jolie couverture très agréable au toucher et dont l’allure sombre au titre exotique laisse, par la suite, rêveur. Dans l’ensemble, ce roman ce révèle intéressant sur certains point et très décevants sur d’autres.

 

L’un des points qui m’a le plus passionné, car méconnu pour moi, c’est l’histoire du duché de Lorraine face à son voisin la France. J’imagine que l’auteur c’est bien documenté aussi bien sur les étapes militaires, que sur les différents protagonistes qui entourent le duc. J’avoue avoir été perdue parfois –une habitude chez moi- entre les noms de certains éminents personnages, leurs grades et leurs fonctions auprès du duc dans un premier temps.

L’autre point intéressant est la chirurgie bien entendue. C’est de voir à travers Nicolas Déruet, l’état de cette discipline à cette époque, les conditions parfois précaires, qui aujourd‘hui nous paraissent archaïque, ajouter aux remèdes de grand-mères. Sans oublier les expériences et découvertes plusieurs fois montrées à travers les diverses lectures des personnages qui montrent aussi l’ancienneté et les progrès qu’il nous restait (et nous reste) encore à faire. Encore plus lorsque l’on voit Marianne Pajot, accoucheuse de son état, sorte de pendant féminin de Nicolas qui nous montre un autre aspect et de ce que les femmes pouvaient endurer.

La fameuse rivalité médecin/chirurgien est finalement minime dans l’histoire, bien qu’elle soit l’élément déclencheur du départ de Nicolas sur le front.

 

J’avoue avoir été déçue, mais cela n’est imputable qu’à moi même à cause de mes attentes, parce que je n’ai pas trouvé dans ce roman un aspect plus cru et sombre. Cependant, on remerciera l’auteur de nous épargner un aspect trop documentaire, objectif et sans âme, pour une version plus romancée.

Pourtant, certains passages m’ont été pénible à lire, non par leurs contenus mais bien à cause de leurs personnages qui pour moi et l’un des gros point noir du livre :

Le plus gros étant Rosa de Cornelli. Il y a parfois dans les romans des personnages exécrables que l’on adore détester et d’autres qui vous gâchent une lecture, Rosa fait partie de la seconde catégorie. Jamais vu personnage plus égoïste, au comportement puéril. C’est simple, elle n’évolue pas du début à la fin du roman, sa seule ligne de défense face aux problèmes est de pleurnicher et de se faire plaindre des autres. Son désir de liberté et de vouloir fuir avec Nicolas (parfait inconnu à ce moment là) dans les premières pages du livre prête à sourire, et l’on le met facilement sur le compte de la jeunesse. Seulement, avoir le même raisonnement des années plus tard, c’est simplement ridicule, parce qu’elle semble parfaitement incapable de vivre sans son petit univers lotie dans de la soie. Toute les manigances qu’elle met en œuvre pour s’accaparer un homme qu’elle n’a vu qu’une fois il y a plusieurs années… c’est à la fois incompréhensible par son manque de réalisme et rajoute encore une fois au mercantilisme du personnage.

Rosa a aussi le pouvoir de rendre fade tout les personnages qu’elle touche :

Nicolas d’abord, leurs atermoiements amoureux sont dégoulinant de niaiserie dans les moments où ils sont ensemble au point de vous donner envie de sauter des pages.

Azlan ensuite, personnage que j’ai particulièrement apprécier. Du petit tzigane sur les champs de batailles, au jeune homme plein d’enthousiasme pour la chirurgie, elle vous le transforme en coquet à froufrou qui préfère le jeu de paume. Le pire restant, après la rupture de Nicolas et Rosa, que cette dernière le ralliera à sa cause en laissant pourrir la situation. Ce passage fût d’ailleurs d’une grande pénibilité pour moi : Rosa est la fautive de la situation en se retrouvant le nez dans son propre caca dans un juste retour de bâton mais au final c’est Nicolas qui paie les pots cassés en passant pour le grand méchant. Un comble.

Je préfère donc largement un personnage comme Marianne Pajot : beaucoup plus forte psychologiquement (il en faut avec son métier), plus indépendante et débrouillarde mais ayant tout de même des faiblesses ainsi qu’une part d’ombre.

L’autre personnage qui malheureusement perd des points sympathie en cours de route est Nicolas. Homme au départ humble, passionné par son métier et sans réel attache, il devient au fur et à mesure un peu trop droit, intègre…un peu trop propre et lisse en somme en finissant de s’empâter dans la ville. De même que le schéma narratif mit en place par l’auteur ne lui donne pas gain de cause. Chaque fois qu’un problème –non chirurgicale- se pose, il fait appel au duc. Certes cela sert d’avoir des amis haut placés mais utiliser la carte "duc" à tout bout de champ donne l’impression que le personnage ne sait rien faire par lui même. De plus le fait d’avoir fréquenté Rosa finit par déteindre sur lui. Ses réactions deviennent peu compréhensible, comme la fois où il apprend que Rosa à manigancer pour le faire croire mort à Marianne. Cela lui semble normal et pardonnable car fait par amour, par contre ne pas avoir voulu donner un centime ni reconnaître un enfant illégitime, c’est inacceptable. Alors que de mon point de vue, faire croire à un être cher votre mort pour s’accaparer votre attention et baser ainsi toute une relation sur un mensonge, me semble quand même plus grave. Ce cher Nicolas reviendra finalement la queue entre les jambes vers Rosa une fois Marianne partie, achevant de faire sombrer ce qui restait de bien dans le personnage.

 

Au final l’auteur se focalise sur une poignée de personnages, au détriment des autres. A plusieurs reprises des protagonistes apparaissent pour disparaître peu de temps après alors qu’il aurait été intéressant de les développer. En général je prends plaisir à retrouver des personnages apparu un peu plus tôt dans le récit, malheureusement dans le roman d'Eric Marchal, l’apparition n’est que de courte durée puisqu’il s’agit de les faire mourir, pour la plupart quelques lignes plus loin, sans que cela apporte grand chose à l’histoire. Si bien que l’on peut se demander quelle importance ils ont pour le récit…

L’auteur semble passer son temps à développer des pistes d’histoire dans l’histoire sans que jamais cela n’aboutisse ou alors finisse en queue de poisson. Le plus frustrant restera Ribes de Jouan. Son apparition donne un nouveau souffle au récit, en lui rajoutant un peu de mysticisme alchimique au passage, pour nous planter là, alors que ce cher Germain semblait avoir eu un éclair de génie sur le plus grand secret de tout les temps. Cette pirouette scènaristique malheureusement ne prend pas, car déjà vue et mal mise en scène ici par un auteur en manque d’idée.

En parlant de scènes, je me suis interrogée à plusieurs reprises sur l’intérêt de certaines tellement elles semblaient hors contexte.

Parce qu’au fond il n’y a pas vraiment d’histoire. Passé les deux cent premières pages et le retour de Nicolas de la guerre, on pourrait croire que celui ci va passer le reste du roman à laver son honneur… il n’en est rien. L’honneur est rapidement lavé et la vie paisible de Nicolas se poursuit dans un aspect tranche de vie, ponctuée de cas chirurgicaux et de petites intrigues avec comme trame (et seul fil rouge ?) l’histoire de la Lorraine.

 

Je préfère m’en tenir là, tellement il y a de choses à dire en détails. Si j’ai l’air de démolir ce roman il n’en est rien. Il reste une lecture plaisante et facile, au fond intéressant mais dont les formes restent encore à soigner.

 

 

Publié dans Lecture

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Commenter cet article

Vonnette 19/04/2012 09:59

Je n'ai pas lu ta critique jusqu'à la fin car je suis en train de le lire et pour l'instant il me plaît beaucoup...Je reviendrais te lire lorsque je l'aurai fini...

Tama 19/04/2012 23:00



Merci pour ton commentaire, ça fait plaisir. Reviens dès que tu as fini pour faire partager ton impression, je serai curieuse de la connaître ! :)