Le journal de Mr Darcy

Publié le par Tama

Grace aux éditions Milady, les fans (et les non fans) de Jane Austen peuvent continuer l'aventure dans l'univers mis en place par cette auteure. Nous avons ainsi droit à toute une série de livres écrit par Amanda Grange qui permet une relecture des différentes oeuvres mais cette fois du point de vue masculin. Sobrement intitulé "Le jounal de Mr -ajoutez le nom d'un héros masculin austien-".

Bien avant leur publication en français, j'avais entendu beaucoup de bien de ces livres sur les forums par des personnes les ayant lu en VO. En somme, c'était les meilleurs fanfic/appropriations de l'univers de Austen. Ca promettait du très bon. Je me suis donc appropriée la version Darcy qui est LE personnage emblétique d'orgueil et préjugés. Et au final que dire...ce fut une lecture agréable, loin du pire auquel on aurait pu s'attendre mais loin du mieux auquel je m'attendais.

 

http://www.amandagrange.com/Images/Le%20Journal%20de%20Mr%20Darcy.jpg

 

Comme le titre l'indique, il s'agit d'un journal. Il faut donc se mettre en tête de voir Darcy tenir son journal intime, pourquoi pas après tout. Le hic c'est que certains passages ne font pas vraiment "journal" mais roman, avec notamment la retranscription intégrale de conversations. Alors certes c'est agréable, ça donne du dynamisme au récit mais ça ne colle pas vraiment avec le parti pris "journal". C'est le seul défaut "technique" que je lui trouve mais on peut très bien passer outre.
Pour celles et ceux qui connaissent bien le matériau d'origine, on n’entre pas en terre inconnue, j'irais même jusqu'à dire qu'il y a un côté redite, voir répétition. C'est là l'un des problèmes de ce genre de récit : vouloir apporter quelque chose de plus sans pour autant trop s'éloigner du roman d'origine. Il faut donc démystifier Darcy en lui donnant la parole et en le voyant dans d'autres contextes tout en restant fidèle à son caractère. Ce qu'on attend également du roman c'est d'exploiter les zones d'ombres du récit d'origine, les passages où il n'était pas là, ce qui s’est passé avant P&P et peut être un peu après.
Comme je l'ai dit plus haut, certaines parties sont reprises à l'identique du livre, inévitable mais quelque peu lourd. De plus la traduction française n'est pas forcément celle à laquelle on est habitué, ce qui est peut-être ennuyeux si vous êtes pointilleux et tatillon. En dehors de ces répétitions "passages obligées", il y en a d'autres directement imputable à l'auteure. Darcy qui nous répète sans cesse qu'il ne pense pas à Miss Bennet (alors que si forcément il y pense), c'est un running gag qui finit par être lourd. Ce n'est d'ailleurs pas le seul passage dans ce cas. Amanda Grange a tendance à répéter une phrase, voir des passages, limite mot pour mot, qui sont déjà écrit deux pages avant.  "C'est bon j'avais compris !".
Il s'agit également de montrer la psychologie de Darcy : une tête de mule avec des principes qui donne l'impression que certaines choses lui sont dû ou en tous les cas on ne peut lui refuser (comme sa demande en mariage, ça reste toujours une grosse claque dans la gueule). Là aussi certains passages sont bien tournés de la part de l'auteure alors que certains sont maladroits ou m'ont semblé sortir de nulle part. Pour revenir sur la fameuse demande en mariage, on sait qu'il est nerveux, qu'il s'y prend maladroitement et ne s'attendait pas à un refus aussi sec, ce qui va le remettre en question. Cette remise en question ne m'a pas semblé découler de ce que l'héroïne lui dit mais plus de son cousin qui lui fait réaliser le côté très grossier de sa demande. Le côté "moi beau prince blanc vient de sauver de ta condition pauvre souillon"est bien présent mais son épiphanie quand à son comportement vient plus d'un sursaut que d'une réelle réflexion sur soi même. De même, il part certain qu'Elizabeth l'aime (limite elle l'a allumé), hors cette pensée n'apparait que juste avant la demande comme sortie de nulle part. En tous les cas, je n'ai pas vu le cheminement de pensées qui l'amène à penser cela. Je reste de plus toujours dubitative sur ses motivations, j'entends par là on comprend ce qui l'a poussé à séparer Bingley de Jane mais pas pourquoi son mariage à lui semble plus envisageable.
En dehors de ça, j'ai trouvé intéressant les passages avec sa soeur qui sont malheureusement peu nombreux, ainsi que sa réflexion sur le fait qu'il se comporte plus comme un père qu'un frère en ayant pris ses responsabilités trop aux sérieux. Là aussi intéressant mais sous développé.
Heureusement l'auteure ne s'intéresse pas qu'à Darcy mais soigne d'autres personnages comme Bingley, le colonel ou encore Anne de Bourgh. Pour Bingley j'ai trouvé plaisant de le montrer comme quelqu'un d'enthousiaste à l'aise en toutes circonstances -chose que Darcy lui envie-, un brin trop gentil et naïf, qui s'amourache facilement, ne prend pas la mesure des conséquences de ses actes, un grand gamin en somme qu'il faut parfois recadrer. On le voit évoluer, prendre en maturité, s'éloigner de Darcy pour prendre ses propres décisions. Fitzwilliam quant à lui fait plus office de tête pensante, une voix de la raison, très honnête avec lui-même et toujours plein de charme. Alors certes, ces éléments étaient bien présent dans le roman d'origine mais quand il s'agit de dialogue purement inventé cela correspond tout à fait à l'idée que je me faisais des personnages. J'ai été agréablement surprise par le développement d’Anne de Bourgh qui n'est pas aussi pitoyable qu'Elizabeth le pensait mais plus une victime de sa mère. Son émancipation par le mariage était sympathique mais un peu rapide et maladroit.
Le charme de Wickham disparait pour laisser place à un vrai salaud sans subtilité. Dommage.
La fin, quant à elle, reprend ce qui est suggéré dans le roman mais de façon que j'ai trouvé un peu lourde. Le happy ending où tout le monde se retrouve pour de grandes embrassades dans un "ils vécurent heureux...". Ça sonnait faux à mon oreille. Un peu comme le couple Darcy-Elizabeth dégoulinant soudain d'amour après leur mariage comme dans un mauvais arlequin. Grosse rupture de ton pour moi.

 

Au final que dire... lecture de l'été agréable, facile à lire. De bonnes choses dans le récit et d'autres beaucoup plus lourdes et maladroites. On sent une volonté de bien faire, de ne pas dénaturer l'oeuvre originale et son humour, tout en apportant une touche personnelle, sans tomber dans les travers du côté histoire d'amour guimauve. C'est louable, sauf que parfois ça fonctionne et d'autres pas. J'ai souvent sentie le poids, l'influence, d'adaptations comme la version BBC de 95 dans certaines scènes (notamment celle où Darcy écrit la mettre à Lizzie) pas gênant en soit (la version 95 est culte) mais ça prouve que l'exercice est difficile.
En somme l'auteur s'est pas mal débrouillé, je ne me suis pas ennuyée une minute. On est loin du très moyen "Les filles de Mr Darcy" et comme je l'ai dit du pire auquel je m'attendais. Mais comme je m'attendais également a du tout bon, vu les échos, il y a forcément une pointe de déception parce quand on aime on peut être difficile.

 

Pour finir, que vous soyez fan ou non de Jane Austen, c'est un bon aperçu. Si vous avez l'occasion lisez-le.

Publié dans Jane Austen

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